Biographie

Mes années de formation
Je suis né le 20 octobre 1950 à Paris dans le quartier Montparnasse.
Les visites dominicales de musées et d’expositions artistiques, les cinémas « d’art et d’essai » où m’entraînait mon père, ainsi qu’une initiation précoce à la musique, ont fait que je suis parvenu à l’adolescence en ayant quelques notions sur l’art. Pourtant nulle passion créatrice ne m’a poussé vers la pratique artistique et si j‘ai commencé à peindre c’est simplement par envie de ressembler à un de ces artistes plus ou moins misérables, mais apparemment tellement libres et originaux, qui vivaient dans les ateliers délabrés des ruelles décrépites des environs de Pernéty où j’habitais alors.  Ce qui n’était qu’un jeu s’est bientôt transformé en une véritable passion pour l’art contemporain et à partir de 1966 je courais au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris et dans les galeries du 6ème arrondissement dès que j’avais un moment de libre.
Il me semblait évident que le dessin et la peinture de chevalet étaient morts, mais j’estimais néanmoins qu’il fallait en maîtriser les techniques et les assimiler pour pouvoir dépasser cet état périmé de l’art.
C’est pourquoi de 1967 à 1971, j’ai suivi assidument les cours de dessin, peinture à l’huile et gravure sur cuivre d’un atelier de la rue Asseline dans le quartier Montparnasse. Cet atelier très académique était dirigé par Maurice Deprez, peintre pour qui je nourrissais des sentiments les plus contradictoires. Je méprisais cette caricature d’artiste aux pantalons de velours et à la grosse chemise à carreaux, je détestais son esprit réactionnaire tant dans le domaine artistique que politique.
Mais quand après m’avoir laissé m’escrimer en vain pendant des heures avec d’insurmontables difficultés de représentation d’un modèle vivant ou d’une nature morte, il prenait ma brosse ou mon fusain et en quelques minutes me donnait une leçon muette et magistrale, je ne pouvais qu’admirer caché sous l’habile technicien, l’authentique artiste. 
De 1972 à 1975 j’ai préparé une licence d’Arts Plastiques à la faculté de Vincennes (Val de Marne). Je n’y ai strictement rien appris sur le plan pratique mais en revanche le courant idéologique permanent de contestation et de politisation dans lequel nous baignions constamment a fortement influencé mon travail artistique à cette époque.
De 1976 à 1980 j’ai dirigé l’atelier d’Arts Plastiques à la MJC de Vincennes. J’inclus dans mes années de formation, cette fonction pédagogique qui a contribué à me faire évoluer sur le plan technique.
Durant la période 1966 à 1981, j’ai été amené à explorer de multiples aspects des arts plastiques : sculptures métalliques soudées, tableaux tridimensionnels relevant des recherches de l’art cinétique, dessins inspirés par l’art fantastique, peintures à l’huile difficiles à classifier, montages audiovisuels, bande dessinée et dessins à caractère politique.
Dans le courant des années 1980, J’ai abandonné toutes les recherches relevant des domaines ci-dessus mentionnés et à peu d’exceptions près ma pratique picturale s’est bornée au paysage et à la représentation de scènes d’intérieur.
J’ai repris mes activités artistiques à temps complet en 2010 et j’ai travaillé d’abord sur une série que j’ai nommée "Poésie mécanique", puis ensuite sur la série "Mécamythes" , puis une autre "En ces temps-là" et actuellement sur la série "Quand dorment les Hommes, les statues dansent".
Poésie mécanique
J’ai toujours pris un vif plaisir à explorer les ateliers de mécaniques, de constructions navales, les scieries artisanales, les hangars des collectionneurs d’outils et de moteurs, tous ces endroits où dans un apparent capharnaüm de poutrelles, de courroies, d’escaliers encombrés, de palans, d’étagères inaccessibles et d’établis disparaissant sous un amas d’objets insolites, on découvre les trésors d’une industrie que la vitesse vertigineuse de l’évolution a relégués en quelques années à l’état de témoins d’un autre âge. Ces lieux aux lumières crues, aux zones d’ombres inquiétantes, où l’air semble épaissi par les relents d’huile, la lourde odeur du métal, le goût âcre de la soudure sont des domaines où j’ai appris qu’un carburateur ou un vilebrequin pouvait recéler autant de beauté mystérieuse qu’un paysage, un visage ou une belle architecture.
Durant les années 2010 et 2011 c’est cette poésie de la mécanique que j’ai tenté d’appréhender par la représentation picturale.
Mécamythes
En travaillant à mes tableaux de la série « Poésie mécanique », il m’arrivait souvent de voir des personnages se dessiner dans les hasards d’une tache de rouille, de la peinture usée d’une machine ou de l’enchevêtrement mystérieux de pièces mécaniques, un peu à la manière dont les figures apparaissent dans les nuages. Puis une fois ce fut trop flagrant : une Madeleine à la veilleuse rappelant celle de Georges de la Tour s’était glissée dans mon tableau et je ne pus résister à l’envie d’en accentuer la ressemblance. Je cherchais dès lors à profiter de l’opportunité de ces hasards, puis de plus en plus intéressé par la curieuse impression poétique provoquée par la présence de ces personnages  dans cet univers de métal, je décidai d’y introduire volontairement des héros mythiques et de leur redonner une vie dans un monde nouveau.
Je me demande parfois ce que peuvent bien faire ces êtres surnaturels dans ce qui ressemble beaucoup à un monde industriel ruiné ; je n’ai pas vraiment de réponses,  peut-être les héros mythiques sont-ils perdus, et errent-ils en se demandant si l’humanité a toujours besoin d’eux.
En ces temps-là
Ce sont les bâtiments délabrés d’une usine abandonnée déjà depuis plusieurs années. Un enchevêtrement de débris jonche le sol, des planches vermoulues laissent deviner des fosses obscures et inquiétantes, et les restes squelettiques de machines solitaires transforment en un lieu d’inquisition les vastes salles dont les colonnades soutiennent encore une toiture éventrée où la pluie se glisse pour laisser sur le sol des flaques verdâtres et visqueuses dans lesquelles une vie mystérieuse semble déjà s’inventer. Les pas résonnent, les tôles arrachées, bercées par le vent, grincent lentement et des bruits sourds grondent depuis d’invisibles tréfonds dans des odeurs de poussière, de métal et d’eau croupie. Les hommes ont déserté ce lieu et il semble que le diable, dont on voit les effigies ricanantes peintes sur les murs, s’en soit emparé. Mais en vérité c’est un théâtre sans spectateurs où les dieux et héros oubliés reviennent pour jouer à nouveau avec leurs plus grands chefs-d’œuvre, n’hésitant pas à en modifier le scénario lorsqu’ils pensent à leurs erreurs passées. 
Quand dorment les Hommes, les Statues dansent
Quand les Hommes ne les surveillent pas les Statues s’échappent des musées et des parcs où on les a emprisonnées. Leur occupation préférée est alors de rejouer les scènes pour lesquelles on les a créées. Mais ce sont des acteurs indisciplinés qui méprisent le texte des grands auteurs et n’en font qu’à leur tête. Marie refuse de jouer son rôle, Antoine n’a d’yeux que pour les Déesses dénudées, Marie-Madeleine se prend pour Vénus, la Bienheureuse Ludovica se pâme à la pensée d’Hercule, les moines recouvrent les murs de graffitis et des Héros s’enfuient en espérant qu’on ne les rattrape jamais. Mais dès qu’un Humain survient les Statues regagnent en hâte leurs cellules et passent les heures à rêver.

 

mars 2016

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